«La particularité de l’architecture suisse provient de la complexité culturelle du pays».

«La particularité de l’architecture suisse provient de la complexité culturelle du pays».
22 février 2018, Alexander Muhm parlait avec Patrick Aeby, Jan Perneger und Michel Rollet

«La particularité de l’architecture suisse provient de la complexité culturelle du pays».

Développer des lieux de vie sur des friches n’ayant plus de vocation ferroviaire dans les centres urbains représente un défi important lancé à l’architecture et à l’urbanisme. Ces défis, le bureau d’architectes Aeby Perneger & Associés à Carouge le relève en développant le Quartier des Halles à deux pas de la Gare de Morges. En interview, Patrick Aeby, Jan Perneger et Michel Rollet s’expriment sur des thèmes allant du bon développement architectural à la Ville du futur en passant par la Ville intelligente.

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Comment décririez-vous la culture architecturale, respectivement la signification de l’architecture dans notre pays?

La particularité de l’architecture suisse provient de la complexité culturelle du pays. Au fil du temps, chaque région linguistique a apporté sa contribution au débat architectural : la Suisse romande dans l’entre-deux-guerres, le Tessin dans les années 1960-80, la Suisse alémanique et les Grisons depuis 1980.

Par ailleurs, le trésor culturel plus que centenaire constitué par le concours d’architecture SIA est un ingrédient fondamental de l’extraordinaire vitalité de l’architecture suisse en comparaison internationale. A cela il faut ajouter la reconnaissance dont jouissent encore en Suisse les métiers manuels de la construction, ce qui permet souvent d’atteindre un niveau de qualité des bâtiments très élevé.

A votre sens, quel rôle joue la Division CFF Immobilier en tant que développeur de projets en Suisse?

La Division CFF Immobilier a hérité d’une responsabilité urbaine fondamentale dans la mesure où elle est appelée à densifier d’anciennes réserves de terrains ferroviaires situées dans des endroits stratégiques de la plupart des grandes villes suisses. A cet égard, il faut saluer absolument son travail sérieux et patient de mise en concurrence qualitative par le biais des concours d’architecture dotés d’un très haut niveau d’exigence – et souvent anonymes. Les résultats sont impressionnants par leur qualité, sorte de démonstration idéale du label « swiss made ». On peut seulement regretter que l’autre label suisse, celui du règlement des concours SIA, ne soit pas utilisé stricto sensu car cela ne paraît pas hors d’atteinte au vu des expériences précédentes.

En quoi le projet du Quartier des Halles à Morges se différencie-t-il des autres projets proposés lors du Concours d’architecture ?

Peut-être ce projet se caractérise-t-il par une volonté de continuité avec le tissu bâti existant mais franchement, lorsqu’on est partie prenante de quelque chose, la comparaison de son propre travail avec celui des collègues est chose difficile. Plus simplement, essayons de décrire ce que nous avons cherché à fabriquer à travers ce projet : un quartier dense, doté de qualités urbaines classiques mais offrant des espaces publics évolutifs et fluides, non réductibles aux strictes notions de rue, de cour et de place, ce qui le rend capable de faire lien avec la vieille ville de Morges dont les dilatations de l’espace public présentent des caractéristiques similaires. Il ne s’agit donc pas de créer un type d’espace « novateur » ou « surprenant », mais plutôt de développer un tissu urbain qui serait à l’écoute de l’existant.

Qu’est-ce qui caractérise un bon projet architectural ou une bonne première esquisse de projet?

La réponse ne saurait être univoque : bien souvent l’élégance et la simplicité, parfois aussi le tranchant, dans tous les cas une véritable sympathie pour le lieu, ce qui n’interdit pas une prise de distance lorsque cela s’avère nécessaire. Un projet d’architecture recherche en principe toujours la solution élégante, celle qui serait capable d’intégrer l’ensemble des contraintes existantes sans effort apparent, de renouveler un lieu sans nier son histoire. Les concours d’architecture, qui permettent de comparer différentes solutions, font souvent émerger de tels projets qui tiennent de l’évidence.

Quelle est la valeur ajoutée d’un projet développé sur l’espace ou à proximité d’une gare?

Pour des architectes formés par l’école suisse, autrement dit influencés par des valeurs urbaines paradoxalement développées dans le Tessin peu urbanisé des années 1970, la proximité d’une gare annonce presque toujours l’odeur du centre-ville, donc un niveau d’urbanité maximal impliquant un flux de personnes importants et porteur d’une certaine valeur symbolique. Par conséquent, c’est à la fois un grand privilège et une responsabilité très excitante que de pouvoir contribuer par notre travail à la définition de ces lieux. C’est dans ce type d’endroits que des notions architecturales délicates à articuler comme l’urbanité, le banal, l’extraordinaire ou le quotidien prennent toute leur résonance.

De quels éléments une ville doit-elle être constituée et de quels éléments les villes (suisses) du futur ont-elles besoin?

Les villes sont des lieux de concentration, de densités de personnes et d’usages. Leur urbanité résulte d’un dosage subtil de mixité, de complexité et de fluidité. Ce ne sont pas des entités statiques, elles évoluent au fil du temps. Nous assistons aujourd’hui à un retour à la ville, les habitants doivent y côtoyer travailleurs et flâneurs. Les projets des CFF permettent de repenser et de redynamiser des secteurs oubliés au cœur des agglomérations, qui représentent de formidables laboratoires urbains. La desserte idéale en transports publics dont ils jouissent de par leur position centrale leur permet d’explorer le terrain de recherche des nouvelles formes de « mobilité » mutualisées, capables de contribuer à la naissance d’une urbanité sans précédent.

Que conseillez-vous à CFF Immobilier pour l‘avenir?

Un conseil facile à suivre !… Continuer à organiser des concours dotés de jurys de haut niveau et orientés sur une recherche de qualité architecturale et urbanistique maximale.

 

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Patrick Aeby
Patrick Aeby
Patrick Aeby, architecte EPF FAS SIA, est co-fondateur en 1998 du bureau Aeby Perneger & Associés qu’il dirige avec Jan Perneger et Michel Rollet. Parallèlement à sa pratique d’architecte, il a été président de la section genevoise de la FAS et a enseigné dans diverses écoles (EPFL, HEPIA).

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Jan Perneger
Jan Perneger
Jan Perneger, architecte EPF FAS SIA, est co-fondateur en 1998 du bureau Aeby Perneger & Associés qu’il dirige avec Patrick Aeby et Michel Rollet. Parallèlement à sa pratique d’architecte, il a été rédacteur de la revue FACES et a enseigné dans diverses écoles (EPFL, HEPIA, UCL).

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Michel Rollet
Michel Rollet
Michel Rollet, architecte et économiste de la construction MANECO, a rejoint en 2010 le bureau Aeby Perneger & Associés qu’il dirige avec Patrick Aeby et Jan Perneger. En amont de sa pratique d’architecte technicien et d’économiste, il a travaillé dans le domaine du génie civil et dans la direction de chantiers importants.

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